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28 juin 2020 - Proclamation de l'Hurmikistan

11 Décembre 2020 , Rédigé par Jean-Christophe Poisson

28 juin 2020. Un évènement géopolitique majeur passe totalement inaperçu. Sur la côte ouest de l’Europe, au bord de l’océan Atlantique, sur quelques hectares situés entre l’Espagne et les Iles Britanniques, un minuscule pays proclame son indépendance. A l’occasion d’une élection municipale, porté au sommet par une improbable minorité , le fantasme recuit des grands soirs et une entourloupe politicienne de dernière minute, un guide spirituel instaure l’Hurmikistan à Bordeaux.

Dans tous les domaines le ton est donné dare dare. L’heure n’est plus à la plaisanterie. L’état d’urgence climatique est immédiatement décrété à l’intérieur du boulevard qui ceint le petit territoire. L'idéologue a tiré les enseignements scientifiques du nuage de Tchernobyl. Les frontières restent étanches aux maux de la planète pour peu qu’on le déclare. Les mesures ne tardent pas, répression méticuleuse * des automobilistes dans la perspective d’une interdiction totale de la « bagnole », « casser du bitume » pour planter quelques arbres et forêts de playmobils. 

Puis vient le temps de la table rase et de la revanche : A peine installé on crie que la tête du Président du club de football national va tomber. Que le grand stade, véritable gouffre financier pour la collectivité, sera revendu. La stupéfaction des fédérations, les ramifications internationales du dossier font retomber le soufflet? Le maire insiste. Il s' auto-proclame homme d’état. Cela commence en fanfare : Le Liban est frappé par une catastrophe industrielle?  une subvention est attribuée sans concertation. Puis il va s'attacher à régler leur compte à ses pairs. Les dirigeants africains ? Renvoyés dos à dos, les « dictateurs corrompus, les présidents à vie ». On ne mange pas de ce manioc là. Ainsi, fruit d’une longue genèse et de liens historiques, le sommet Afrique-France qui devait se tenir à Bordeaux est déplacé par l’Elysée à Montpellier, qui se réjouit de ce cadeau imprévu, du rayonnement international et des fructueuses retombées locales qui en découleront. Dans les cordes le Président Macron : Pierre Hurmic n’entend pas se laisser dicter sa conduite par l’Etat voisin. Encore moins par les grandes figures du passé : par effet d’aubaine, l’anniversaire de la disparition de Jacques Chaban Delmas sera prétexte à donner des leçons de gouvernance municipale et à se poser en modèle. En ternissant la mémoire de l’ancien maire, ministre et résistant. Encombrantes figures du passé de l’autre bord politique, dont la disparition récente suscite une minute de silence promotionnelle au conseil municipal « en l’honneur tout à la fois de Daniel Cordier, Jean Tavernier et Valéry Giscard d’Estaing ». Trois pour le prix d’un. Les soldes sont avancées. Ite missa est.

Mais que serait l' homme d'état sans une vision claire du passé et de l'avenir? L'hommage à Samuel Paty nous édifie. Lors du rassemblement citoyen formé en réaction à l’assassinat du professeur, le maire de Bordeaux déclare : « Ce n’est que par cette unité que nous allons commencer à prendre conscience les uns et les autres du danger et des menaces »… Oui : « commencer à prendre conscience ». Comme si pendant toutes ces années de terreur vécues depuis l'attentat de la rue des rosiers, les victimes du Bataclan, de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher, du gang des barbares, étaient passées pour faits divers dans les consciences individuelles. Comme si l'Etat Français limitrophe, mobilisé partout, qui déjoue deux tentatives de massacre par mois, traitait le terrorisme de façon bureaucratique. Comme si l’union autour de sa personne annonçait l’ère du salut pour l'occident.

Au plan local le souffle de la gouvernance dite exemplaire s'est levé sur la ville. Il est vrai que l’ouvrage inventé est immense et demande un sacré don d’ubiquité physique et intellectuel. Pour l'occupation de l'espace on respectera le sportif, arpenteur du samedi matin. En revanche la valse des casquettes laisse perplexe. Comment distinguer la vraie mise en plis de l'élu sous toutes les coiffes proposées? Agent communal? Godillot du parti des chemises vertes? Maire? Politicien? L’actualité récente peut nous éclairer . Elle donne la mesure des parcours effectué en quelques heures. On a commencé par vérifier en personne le ruban adhésif et le respect des sens de circulation d’une rue piétonnière dans le cadre des mesures sanitaires. A quelques heures de la mobilisation nationale contre l'Article 24, l'urgence de la mission était telle que des accompagnants en oublièrent de se masquer. Il fut temps ensuite de poser en majesté sous les oriflammes du parti politique, au départ de la manifestation contre la loi « sécurité globale », un cartable studieux à la main. Le lendemain on fit le point sur un trottoir avec quelques policiers et bénévoles, avant de venir consoler les commerçants dévastés par les exactions commises à la périphérie d’une manifestation pas encadrée, dont la violence ne fut ni anticipée, ni réprimée. Vint ensuite le temps de la tautologie politicarde où, avec l’air pénétré qui sied à la langue de bois mort, on dénonça à l'avance toute tentative d’amalgame entre un mouvement pacifique et les groupuscules extrémistes qui l’ont infiltré. 

Comme si l’expérience publique des casseurs anti-capitalistes, la violence parasite qui gangrène depuis deux ans le mouvement des gilets jaunes, l’exaspération liée au confinement et à l’épidémie de covid19, les tensions sociales endémiques qui tordent la France depuis des années s’étaient évanouies par enchantement aux échos des mantras entonnés au Palais Rohan : Bordeaux apaisé, Bordeaux résilient, Bordeaux sobre, Bordeaux végétalisé, Bordeaux bicycletté, Bordeaux vengé.

Sourde à la réalité de la ville et de ses habitants, la coterie aux manettes de l’Hurmikistan peine à entendre les répons qui grondent dans la population : Bordeaux exaspéré, Bordeaux inflammatoire, Bordeaux chiche, Bordeaux végétatif, Bordeaux asphyxié*, Bordeaux paupérisé.

« Dissiper la mauvaise humeur » : A peine dévoilée, l’ambition follement novatrice du maire en matière de révolution culturelle exhale déjà un léger parfum de cyprès... réaliser que les générations futures s'en souviendront comme d'une parenthèse surréaliste dans l'histoire de Bordeaux, sous forme de réponse politique à la question du peintre Simon Hantaï : comment vaincre le privilège esthétique du talent?

 

* La suppression d’une voie sur deux sur le boulevard (au profit de cyclistes fantômatiques )  et pour certaines artères des quartiers intérieurs entraîne un engorgement spectaculaire du trafic bien au-delà des heures de pointe.  Cette mesure répressive a pour effet de pénaliser lourdement des milliers  d’actifs et usagers obligés de l’automobile. Il est évident que la pollution de l’air s’accroit sur place de façon mécanique. Les nuisances sont devenues insupportables dans certaines communes périphériques comme le Bouscat, itinéraire de dérivation spontané des véhicules bloqués sur le boulevard, ville dont le maire et les habitant fulminent. Mais l’ostentation de statistiques de perlimpinpin permet au maire de glisser la poussière sous le tapis de ceux qui n’ont pas le privilège de demeurer dans l’hyper centre.  C’est le théorème de Tchernobyl. Les gaz d’échappement et le mal-être planifié s’arrêtent net au seuil de la propagande. 

 

 

 

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Pierre Hurmic ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnait.

12 Novembre 2020 , Rédigé par Jean-Christophe Poisson

 

 

« parfois on peut avoir l’impression qu’il n’a pas endossé le costume» confiait il y a quelques jours un des membres du cabinet du maire de Bordeaux au journal Sud-Ouest. On peut voir les choses différemment. Pierre Hurmic se débat depuis le premier jour dans un costume beaucoup trop grand pour lui. D’hommages pathétiques en décisions frappées au sceau de l’inconséquence et de la brutalité, il illustre avec constance l’inadéquation de sa pensée avec les mensurations indispensables à l’exercice de la charge.

 

Aujourd’hui hommage obscène à Jacques Chaban-Delmas,  flétri jusque dans la tombe pour se pousser du col. Hier hommage à Samuel Paty où Hannah Arendt se voit convoquée pour un grossier contre-sens historique et philosophique. Avant-hier hommage aux arbres morts, prétexte à qualifier de fachos 12 000 signatures indignées par la suppression du grand arbre de Noël municipal,  et à s’assoir dessus.  Hommage lancinant à Boris Cyrulnik servi à toutes les sauces de l’action municipale.  Cette dynamique de l’approximation laisse à penser que Pierre Hurmic considère la culture et l’histoire comme un vide grenier où chiner références et cautions intellectuelles serait suffisant pour assurer sa stature. Pourquoi pas… On ne s’y attarderait pas si, en s’installant au Palais Rohan, le maire avait enfin raccroché les gants, usés par 25 ans d’opposition.

 

Il n’en est rien. A mesure que se déploient les mesures, que cinglent piques et petites phrases, l’esprit revanchard se dévoile, intact, ressort essentiel de son projet politique. Avec le coup de pied de l’âne officiel à Jacques Chaban-Delmas pour l’anniversaire de sa disparition on vient d’atteindre des sommets. Mais l’évidence était faite depuis la deuxième vague du Covid19. Nicolas Florian, précédent maire, avait décrété en mars la gratuité du stationnement pour le temps du confinement. On salua alors son sens des responsabilités, de la solidarité et des enjeux sociaux-économiques.  Lors du deuxième confinement, au mépris de tout considération pour les  actifs assignées à résidence par le chômage partiel et le télétravail, Pierre Hurmic  refuse de suspendre la taxation répressive du stationnement. Posture politique. L’ennemi héréditaire l’a fait. Je ne le ferai pas. Il rétropédalera mollement 10 jours après,  comme toujours, avec une aumône faite aux seuls abonnés et l’ouverture d’un parking gratuit en centre-ville. Faut-il rappeler que, phobique militant de la voiture, il déclara à l’aube de son mandat qu’il allait « dégoûter les automobilistes » de circuler en ville, jusqu’à « l’interdiction totale à terme»?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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A Bordeaux la communication dégrise ...

10 Novembre 2020 , Rédigé par Jean-Christophe Poisson

« Il ne faut jamais baisser la garde face à ce qu’appelait Hannah Arendt, en d’autres temps, la banalité du mal ».


C’est sa nature : Pierre Hurmic s’est donné une mission pédagogique ubi et orbi. Si l’intention est ici louable il commet pourtant un anachronisme et un contresens alarmants lors de la minute de silence municipale en hommage à Samuel Paty. Légèreté ? Maladresse ? Confusion ? Je suis troublé.


"En d’autres temps"


Hannah Arendt a décrypté le nazisme et la Shoah pour en transmettre l’horreur et dire aux générations futures que l’innommable est toujours tapi dans le quotidien. La puissance de l’œuvre d’analyse  tient à ce qu’elle veut s’inscrire inlassablement dans le contemporain, et ce depuis le Procès d’Eichman à Jérusalem. La parole d’Hannah Arendt ne peut s’exprimer qu’au temps présent, au présent venimeux de cet antisémitisme qui gronde tout azimut, et spécialement dans le prêche mondialisé de l’islam de guerre, lequel, par porosités successives, descend en France de quelques chaires radicalisées, traverse les familles, inonde les réseaux sociaux, pour contaminer les cours d’école.


"La banalité du mal"


Hanah Arendt traduit en un concept précis le mécanisme de soumission d’une nation toute entière à l’extermination industrielle d’un peuple, nation qui va mettre le progrès technique, la puissance bureaucratique, les principes d’organisation moderne au service d’une idéologie insensée. A aucun moment cette analyse n’est superposable au phénomène contemporain du terrorisme, qui porte le fer de façon isolée, aléatoire, avec des méthodes archaïques empruntées à la ruralité pastorale. De toute évidence une idéologie arme le bras des exécutants. Mais n’est pas système organisé la fraction extrémiste d’une religion traditionnelle fondée sur des valeurs humanistes.


Messianisme quand tu nous tiens….
La veille, lors du rassemblement citoyen formé en réaction à l’assassinat de Samuel Paty le maire de Bordeaux déclare : « Ce n’est que par cette unité que nous allons commencer à prendre conscience les uns et les autres du danger et des menaces »…


Vous avez bien lu. Nous allons « commencer à prendre conscience ».

Comme si pendant toutes ces années de terreur les victimes du Bataclan, de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher, du gang des barbares, avaient juste effleuré les consciences individuelles.

Comme si l’Etat, mobilisé partout, qui déjoue deux tentatives de massacre par mois, traitait la crise de façon abstraite.


Comme si l’avènement de Pierre Hurmic dans un paysage municipal et l’union autour de sa personne annonçaient l’ère du salut pour la civilisation.

 

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Résilience patissière

4 Novembre 2020 , Rédigé par Jean-Christophe Poisson

 

Epilogue

Bordeaux ville chiche.  

Au terme d'une bonne semaine de bavardages inspirés, l'entre-soi bobo du Palais Rohan confirme et signe le mépris de classe qu'il réserve aux actifs, aux classes moyennes, aux entreprises privées et au monde du travail.

"Afin d’offrir un peu de souplesse et d’accompagner au mieux les bordelaises et les bordelais dans cette période difficile, la ville met en place un dispositif spécifique pour les abonnés jusqu’au 1er décembre"  

Du bout des doigts, aumône est faite de 20 jours de stationnement gratuit aux seuls abonnés d'Easypark. Sanctionnés pour ne pas abonder régulièrement la fiscalité municipale, les autres résidents bordelais, qui n'en demeurent pas moins chômeurs partiels ou télétravailleurs, continueront d'être essorés. Elle est cocasse cette phobie municipale de l'automobile qui s'évanouit comme par enchantement lorsque tinte le tiroir caisse... En revanche 500 stationnements gratuits sont proposées place des Quiconces, dans le "triangle d'or", hyper-centre huppé de la ville. L'art du symbole.....

J'écrivais il y a 10 jours :

Parmi les mesures liées au nouveau confinement, l’écologie répressive franchit une nouvelle étape à Bordeaux. Alors qu’en mars le précédent Maire avait immédiatement décrété  la suspension provisoire et généralisée du stationnement payant dans la ville, Pierre Hurmic et son équipe débattent sans fin. Ils travaillent encore à « l’ouverture de zones ou d’aires de stationnement gratuits sur Bordeaux ». On comprend que l’équation à résoudre soit douloureuse : Comment concilier une phobie de l’automobile érigée en doctrine avec la mise en pratique du principe de solidarité ?

25 ans dans les rangs de l’opposition marque l’ADN.  L’édile ne parvient toujours pas à s’affranchir de sa posture de contestataire obstiné de la précédente mandature : ce serait condescendre que d’adopter une mesure de responsabilité  sociale et politique prise par l’adversaire historique. Les enjeux sont pourtant cruciaux, ils ne souffrent aucune tergiversation et auraient mérité d’être largement anticipés. Et cela même si la mairie concède, avec des airs contrits de bonne mère de famille,  qu'on ne saurait renoncer au jackpot mensuel que représente le million d'euros ponctionné sur la population par les amendes (Sud-Ouest du 4/11/2020).  Realpolitik du billet vert. Nous y voilà!

Pierre Hurmic peut faire part de sa préoccupation dans la presse : «accompagner la population bordelaise dans un contexte particulièrement préoccupant sur le terrain social, économique. » En matière de voiture, dans les circonstances actuelles, on est en droit de s’interroger à la fois sur le niveau de réalité qui fonde la pensée municipale et sur sa maîtrise du concept tarte à la crème de résilience dont il tartine sa communication.

Dans ces temps de crise,  au delà du répit fiscal accordé lors du premier confinement aux artisans, aux entrepreneurs et aux foyers qui ont besoin de deux véhicules pour assurer le quotidien de leur vie entre travail, achats et activités des enfants (…), deux points d’incohérence éthique méritent l’attention.

Parlons économie et positionnement politique. Maintenir le stationnement payant, même partiel, est une mesure en opposition ouverte avec la prescription du télétravail massif encouragé par le gouvernement et avec la réalité des salariés en chômage partiel. Tout le monde n’a pas le privilège de demeurer et travailler dans l’hyper centre bourgeois. Ainsi, assignés à résidence, les salariés qui utilisaient leur véhicule le jour pour un emploi hors boulevards se voient infliger une taxe-confinement (30 euros par demi-journée) dans un temps de récession économique majeure. 

Plus marquant, la pression idéologie monte d’un cran. Foin de l’égalité devant le droit au travail. La mairie travaille à répertorier les zones où les gens travaillent, et celles, donc plus oisives, où de simples aires collectives de stationnement permettraient de supporter le confinement. Le quadrillage sociologique de la ville, la planification à la soviétique sont à l’oeuvre. A moins que Pierre Hurmic ait songé à  réquisitionner Caudéran et Saint-Augustin , ces quartiers huppés dont la fronde radicale avait fait reculer Alain Juppé au moment d’instaurer le stationnement payant. Et, pourquoi ne pas rêver… à enfin mettre à l’amende de façon égalitaire les citoyens ordinaires et les habitants des quartiers riches.

Cette œuvre de gestion scientifique des populations s’applique aussi sur le terrain social. La taxe-confinement vient frapper de plein fouet tous les proches, tous les solidaires qui, parfois de loin, viennent renforcer leur soutien affectif et logistique aux anciens, aux personnes isolées ou fragiles. L’urgence sanitaire ne concerne-t-elle pas tous les quartiers? 

« Parfois, cela peut donner l’impression qu’il n’a pas encore endossé le costume. » déclare un membre de son cabinet au journal Le Monde pour commenter le retard du maire lors d’un concert classique.

Ecrire et jouer à Bordeaux la partition du deuxième confinement mérite en tous cas beaucoup plus de hauteur, de diligence et de professionnalisme. De la pédagogie aussi, afin d'expliquer comment le maire compte sérieusement rendre crédible le crincrin de sa "ville apaisée" en  attisant chaque jour plus fort sa violence institutionnelle contre les bordelais.

 

 

 

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Manifeste pour une éthique de l'art en détention

21 Novembre 2017 , Rédigé par Jean-Christophe Poisson

« Travail, éducation, culture.

Comment concrétiser partout les enjeux

théoriques du temps de détention ? »

 

Dans le cadre des rencontres de la Villette  2002, les 30 et 31 octobre se sont tenues deux journées visant à mettre en place un groupe de travail destiné à étudier les poids respectifs du travail, de l’éducation et de la culture dans la journée de détention et les moyens d’en déplacer l’équilibre.

 

Au premier regard, le sujet, austère et technique, semble relever du débat administratif et réglementaire.

 

Qu’est-ce qui peut conduire artistes, élus et représentants d’institutions concernées  par la détention à se réunir autour d’une table avec d’anciens détenus pour construire réflexion et action à partir de ce thème ?

 

Des parcours personnels qui tous trouvent leur source dans les trois valeurs auxquelles sont confrontés, à un moment ou à un autre ceux qui ont le privilège d’intervenir en détention : L’éthique, l’engagement et le sens des responsabilités.

 

Porté par mon expérience de metteur en scène et réalisateur en centre de peine[1], par la passion pour l’aventure artistique, les objets insoupçonnés qu’elle peut porter, mais surtout pour les personnes qui y contribuent et l’engagement personnel, jamais contrarié, que je prends auprès d’elles, à l’intérieur comme à l’extérieur, J’ai eu la certitude d’une urgence à faire converger tous ces chemins de vie. Il s’agissait à l’origine de déterminer et de créer les moyens pour généraliser l’action dans laquelle un certain nombre d’intervenants sont lancés, chacun dans sa discipline : la réinsertion des participants aux ateliers artistiques par les métiers de la culture.

 

Après six mois de préparation, Marie France Ponczner et Philippe Mourrat ont ouvert les portes des rencontres de la Villette à un groupe de travail aux ambitions élargies dont le titre n’est qu’en apparence éloigné de l’intention initiale.

 

Il est des milieux, ouverts ou fermés, où l’expression artistique peut être la dernière forme possible de reconnaissance collective qui reste aux minorités exclues.

 

Qu’elle le veuille ou non, dès lors qu’elle entrouvre ses portes à l’artiste, la prison regagne du terrain sur un domaine public auquel elle se soustrait par nature.

 

Conséquence, pour le spectacle vivant et spécialement le théâtre, elle se révèle lieu de création extraordinaire, à la fois espace de l’aventure humaine et lice de tous les dangers.

 

Au nombre de ces derniers, évacuant d’emblée le mythe exaspérant du risque physique encouru en les murs qui force tant l’admiration à l’extérieur, la compassion, la démagogie et le clientélisme sous contraintes, un seul me paraît digne d’attention

 

Le risque de la rencontre et de la fidélité qui, quels que soient les murs, les distances, temporelles, sociales, culturelles, conduit les participants à un acte artistique universel à ne jamais s’oublier et à tisser des liens indéfectibles.

 

Il faut bien évidemment vouloir et pouvoir réunir les  conditions de cette universalité.

 

Du côté de la scène, il s’agira d’installer la confiance nécessaire pour affronter ensemble et individuellement les dangers de la mise en représentation de soi, du chemin vers le sens, la parole, le regard et la présence vrais. D’intégrer les limites techniques imposées à la matière théâtrale par l’inexpérience des acteurs, par le temps qui manque, les espaces inadaptés, le corsetage des règlements officiels ou tacites. De savoir tenir la promesse du bonheur et de l’éternité en scène en fuyant les sources immédiates du succès d’estime que sont l’instrumentalisation du détenu-acrylique au profit d’une proposition conceptuelle importée de l’extérieur ou encore l’autoréférence et la mise en scène d’un univers carcéral que les prisonniers n’ont de cesse d’oublier et dont se pourlèchent les voyeurs.

 

Aux côtés des détenus, il faudra ouvrir les travées au public extérieur pour authentifier l’acte identitaire des êtres en scène, favoriser les rencontres individuelles, l’extinction des fantasmes, et assumer le rôle indispensable, imprévisible et ambitieux d’une introspection du spectateur compromis dans la consommation tout azimut.

 

Dès lors, l’impensable est potentiel dans l’espace et le temps dédiés par la prison à la représentation, quels qu’ils soient : le retour au sens premier du théâtre, l’antique, où, ensemble et dans la plus intense acuité, se discutent les questions de société, s’évaluent humanité et esthétique. Où, décidant de s’extraire d’un chœur interdit, l’acteur décide de lui renvoyer sa propre vision du monde.

 

A son corps défendant, dans la microscopique marge de manœuvre ouverte entre les différents chapitres de la vengeance collective qu’elle déploie, la prison engendre à la marge des élites intellectuelles, qu’elles soient autodidactes ou renforcées. Le choix difficile et assidu de l’étude, du livre, de la culture, des activités, dans le déroulement d’une longue peine , la puissance de l’échange à huis clos entre ceux qui l’ont fait conduit à une maturité qui charge les individus d’un pouvoir de transmission et de réconciliation inestimable pour la collectivité.

 

Deux à trois pour cent de prisonniers. C’est à la partie émergée et volontaire de ces élites que l’artiste entrant en détention propose son projet. L’autre, pour des raisons personnelles variées ,[2]demeure invisible. 

 

Dès lors s’ouvrent plusieurs territoires de responsabilité.

 

Le premier a été évoqué plus haut. Espace minimal, il est marqué aux angles par une intransigeance artistique indissociable de l’attention publique, le respect des participants, de la confiance reçue, de la conscience d’une position privilégiée dans le champ créatif, celle où l’on a moins à donner qu’à recevoir, lavée de l’a priori obscène et général qui veut voir dans l’intervenant le missionnaire d’une culture absente de l’univers carcéral.

 

Il abouche directement sur un second. De l’épreuve et des bonheurs de la genèse jusqu’à la fugacité paroxystique de la représentation, les liens  personnels forts tissés dans l’acte créatif entre celui qui ressort et ceux qui restent ne peuvent s’interrompre. Il en va du sens même de l’action culturelle en détention. Tirer le rideau sur la dernière image, le dernier mot, le dernier fond de jus d’orange, distribuer un faux numéro de portable et regagner la liberté en messie pour encaisser son chèque relève de la forfaiture collective.

 

Pouvoir se regarder dans son miroir le matin est une chose. Accepter et entretenir le lien pour recentrer la prison, image en creux de ses paradoxes et injustices, au cœur de la société, est vital dans la perspective de l’apaisement collectif.

 

L’ enjeu de civilisation porté par cette attitude élémentaire est sans commune mesure avec celui d’un apaisement local saupoudré en les murs via les activités occupationnelles interdites au public que favorise l’Administration Pénitentiaire.

 

Qui l’entrevoit ne peut alors échapper au pas suivant. Lorsque franchi en prison, il ouvre sur une déontologie restaurée de l’artiste, qui, dépassant l’acte premier de bloquer la course du monde pour créer l’instant d’une rencontre universelle  à un endroit donné et lui livrer une interprétation de son image, lui offre la chance de le changer.

 

Comment ? A travers un engagement personnel auprès des destins auxquels il s’est trouvé lié par la scène, et plus étroitement que dans les fratries ordinaires engendrées par le théâtre en liberté.

 

Pour ceux qui en ont l’énergie, les possibilités techniques et relationnelles, un axe fort passe par la mise en relation des détenus proches de la sortie avec des entreprises et par leur indispensable accompagnement dans le retour à la vie civile.

 

Un certain nombre d’intervenants l’ont fait dans le passé, d’autres continuent, la grande majorité passe à côté de cette action. La conviction dans laquelle je me trouve de sa nécessaire généralisation est fondée sur ma modeste contribution à cet élan.

 

Depuis 3 ans, à travers trois ateliers théâtre conduits au Centre de Détention de Melun et un film, 6 personnes ont trouvé un emploi dans une entreprise culturelle. Qu’ils aient rencontré sur le lieu de la représentation leurs futurs employeurs, - je pense à Geneviève Houssay du cinéma Georges Melies à Montreuil, Laurent Dreano , de l’établissement public du parc de la Villette -, ou bien que le soutien que j’apportais à leur CV ait eu l’écho nécessaire et spontané auprès de personnes remarquables telles que Colette Batifoulier de la FEMIS, Jacques Benyeta, Directeur Technique  du Théâtre des Champs Elysées  ou Dominique Bax du Magic Cinéma à Bobigny.

 

Au delà des relations privilégiées que j’entretiens avec quelques une de ces personnes, à l’occasion des opérations de communication lancées par courrier électronique pour favoriser la diffusion des candidatures, un encouragement fort vint de la capacité de réponse du terrain culturel à ma proposition. Positives ou négatives, un dixième des quelques 200 entreprises culturelles contactées émirent une réponse, toujours porteuse de la plus grande bienveillance et surtout de l’affirmation, depuis une position institutionnelle assumée, du rôle qu’elles entendent tenir dans la mise en œuvre d’une solidarité authentique.

 

187 établissements en France, 1 à 2 ateliers culturels par an. Cela fait potentiellement 2 à 300 personnes réintégrées tous les ans dans la société.

 

Comment ne pas se lancer dans la construction d’une action pour dégager les moyens de remplir un objectif aussi extraordinaire ? de le développer, peut-être, en créant en prison les conditions d’une fréquentation accrue des activités pour amener, pourquoi pas, dix pour cent des détenus dans les ateliers artistiques? Action assez réfléchie pour anticiper et définir elle-même ses limites.

 

Pourquoi l’entreprise culturelle ? Parce qu’elle se dresse par nature contre la déshumanisation.

 

Parce que la prison infantilise à la chaîne et déshumanise, souvent de façon irréversible. Parce que ceux qui ont fait le choix de l’esprit contre celui de l’esclavage institutionnel sont profondément et pour longtemps désadaptés au réel, au temps, et aux rapports de domination qui fondent le libéralisme et qu’ils ne peuvent trouver leurs repères que dans les lieux de culture qui ont tout à y gagner. Parce que seuls ces lieux, sans laxisme, dans le travail et la formation, peuvent remplir une fonction sociale indispensable qui n’existe pas, l’accompagnement personnel, au jour le jour, des sortants de prison.

 

Il ne s’agit pas de remplir les théâtres avec d’anciens détenus comme avec les matelots au crépuscule de la marine à voile ; il ne s’agit pas de former des générations nouvelles d’acteurs, de danseurs, de cinéastes, de photographes, de peintres, d’écrivains ou de conteurs. Il s’agit simplement d’offrir à ceux qui l’ont conçu dans la plus grande adversité les conditions de passage pour un vrai choix de vie dans l’infinité des métiers au service de la culture.

 

Un constat pragmatique et une ambition collective : telle fut l’origine des journées de la Villette 2002.

 

Loin des utopies. En six mois de préparation a su se construire une réflexion cohérente, qui, évitant les pièges de l’immodestie et de la naïveté  permet de dérouler idées et actes au service d’une prison de la réconciliation.

 

Bien que vecteur empirique d’insertion, le développement des ateliers artistiques est actuellement impossible. Le temps imparti pour les activités échappant au temps de travail est fragmentaire. Il est partagé entre l’accès aux études, le sport, la promenade et les pratiques culturelles.

 

Comment militer pour un développement de l’art en détention alors que s’impliquer complètement dans une pratique impose au participant d’arbitrer entre les miettes de temps vitales qui le tiennent en vie ?

 

En intégrant à la réflexion les courbatures chroniques qui paralysent le déroulement de la journée de détention : le temps de travail, contraint par la règle des 35 heures, et l’absence des minimas sociaux et du droit du travail dans les ateliers.

 

Un tiers du SMIC sans protection sociale pour des personnes démunies, voire indigentes, occupées pour la plupart à des travaux de petit façonnage imbécile fournis à des entreprises privées et aux multinationales du luxe,  accentuent la désintégration sociale, la paupérisation et le renforcement des ghettos. [3]

 

La compétition règne entre les tâcherons forcés, qui n’ont droit ni aux arrêts maladie, ni aux congés formation, ni aux congés payés. Derrière la façade officielle d’une préparation au retour par le travail à la société se révèlent deux réalités, l’ouvrage comme instrument de contrôle et de punition, l’élevage clandestin en métropole et au profit du secteur privé d’une main d’œuvre déshéritée[4].

 

De mon point de vue, dans le contexte de radicalisation sécuritaire et de contrôle social contemporain, l’inflation des propositions artistiques aux prisons, leur éthique, le développement de leurs effectifs et la structuration du retour à la vie civile en aval des ateliers de pratique ouvrent un nouveau territoire de légitimité collective pour l’artiste[5].

 

Et ce, plus que jamais, dans le respect des institutions : Pas de subversion, de l’intelligence et de la modestie.

 

Introduire une crise de temps sur les activités artistiques a pour simple objectif d’en introduire une plus aigüe encore sur le temps concurrentiel et prioritaire de l’enseignement et de la formation, de façon que soit posée, une fois pour toute, au niveau de l’état et de l’opinion publique  la question du sens du temps de détention :

 

Vengeance collective, spirale de la marginalisation ou dernier service de salut public pour une redistribution des cartes juste et réfléchie auprès des exclus qui le vivent sans fin?

 

Partager et redéfinir le travail salarié par l’entrée du droit, dégageant un temps responsable pour l’éducation, l’université et la culture, ou bien développer le travail clandestin ?

 

Le programme des journées de la Villette articulait dans le détail tous les rouages de cette réflexion. Une trentaine d’intervenants devaient s’en partager l’exposé, nourrir discussions et perspectives.

 

L’Administration Pénitentiaire pour dresser un état des lieux de la doctrine en matière de culture, de formation et de travail, et révéler toute la qualité des intentions qui la fonde.

 

Des acteurs de la vie en détention, travailleurs sociaux, enseignants, artistes, détenus la Direction Régionale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, pour soumettre ces intentions à l’épreuve des réalités locales.

 

Le Délégation au Développement et à l’Action Territoriale du Ministère de la Culture, la DRAC Ile de France, des magistrats, des représentants des entreprises culturelles et des Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation, des détenus, pour présenter expériences et perspectives d’insertion.

 

Le Sénateur Loridant, auteur du rapport parlementaire sur le travail en prison, François Hulot de l’UGSPCGT pour élargir la réflexion au sujet du droit du travail et de la nécessaire redéfinition des métiers de la surveillance.

 

Le retrait au dernier moment du Ministère de la Justice et de l’ensemble de ses représentants, suivi de près par la DDAT, priva les journées d’un ensemble de contributions fondamentales.

 

Si, dans un premier temps, la teneur des débats en fut affectée, tout d’abord attachée au constat et à l’analyse  de cette défection elle fut recentrée sur les thèmes portés par les intervenants demeurant à la table, dans un second, la nature des actions à mener dût être redéfinie.

 

Du poids imprévu réservé à l’échange sur la création artistique - essentiellement de spectacle vivant - et le rôle des activités dans la restructuration forcée du plan découlèrent un certain nombre de décisions et la définition d’actions pour préserver l’intention initiale qui avait suscité la création du groupe de travail.

 

• Création d’un observatoire des pratiques et de la diffusion culturelles en détention sur le site de Ban Public, observatoire européen des prisons (www.prison.eu.org).

 

Il s’agit de recenser de façon dynamique l’ensemble des activités menées en détention de façon à établir une cartographie nationale des établissements et du rôle tenu par la culture dans leur fonctionnement, tant en matière de contenu que de fréquence, de budget, de fréquentation, d’audience publique que de retombées individuelles  pour les prisonniers. De façon plus fine, l’observatoire recueillera les témoignages des intervenants, des détenus participants sur les conditions locales, bonnes ou mauvaises, dans lesquelles se déroulent les activités. Sera notamment évaluée la place inconnue des activités programmées en direct par les établissements.

 

• Création d’un centre de ressources sur le même site pour, d’une part, favoriser le montage et le financement des projets, l’information des artistes et des services sociaux des établissements afin de favoriser le développement de l’action culturelle et, d’autre part, établir une bourse de l’emploi et de la formation aux métiers de la culture impliquant le réseau des entreprises culturelles.

 

• Création d’une coordination des artistes intervenant en détention.

 

• Création d’une liste de diffusion sur internet.

 

• Animation de l’espace éditorial permanent offert par la revue Cassandre.

 

• Lancement d’un débat sur l’éthique de l’artiste en détention.

 

La distance prise par les Ministères de la Justice et de la Culture vis à vis d’une démarche citoyenne sincère entraîne une redéfinition des moyens d’accès à une information qui demeure appartenir au champ public.

 

Ainsi, en l’absence de toute aide financière et logistique, et dans l’attente d’une prise de position claire des institutions défaillantes, c’est sur le seul terrain et le quotidien de l’action que nous devons compter pour irriguer cette connaissance.

 

Compagnies, artistes, Scènes nationales, Centres dramatiques Nationaux, Collectivités locales, toutes institutions oeuvrant dans la proposition d’activités, détenus, travailleurs sociaux, enseignants, Génépistes, visiteurs de prison, familles, toutes personnes impliquées en détention par leur action ou leur vie sont invitées, chacun avec ses moyens, à contribuer à une quête de la transparence portée par une seule passion :

 

La civilisation.

 

Jean-Christophe Poisson

14 décembre 2002

 

 

[1] En maison d’arrêt , la rigueur des règlements, la douleur et l’incertitude des futurs individuels, la mobilité erratique des personnes, l’étanchéité au monde, tirent mécaniquement des activités théâtrales construites dans un temps restreint vers le dangereux minimum de l’occupationnel que je combats. La pérénité des liens créés en centre de peine  sur des ateliers longs, la solidité des engagements pris, la possibilité d’engager un vrai travail artistique dans la durée, le gage de légitimité donné aux actes et acteurs par la possibilité  d’un public invité extérieur plus étendu requalifient l’action.

 

[2] On y trouve le refus de souscrire au paradoxe de la proposition émanant d’un système prioritairement répressif mais aussi la persistance naturelle à l’intérieur de la proportion de personnes n’ayant pas envie de faire du théâtre.

[3] Logé et nourri,un détenu coûte 20 000 euros par an à la collectivité. Il achète ses denrées de première nécessité jusqu’à deux fois plus cher que sur le marché soit à l’administration, soit aux entreprises privées qui gèrent les établissements. Personne ne songe à mettre en regard de ce chiffre dérisoire la somme des coûts sociaux de la récidive, de la désintégration des familles, de l’autonomisation des ghettos, et des bénéfices manqués d’une intégration réfléchie.

 

[4] Les minimas sociaux ont été introduits dans les prisons italiennes. Le travail a disparu. Les entreprises l’ont immédiatement redistribué sur le pourtour méditerranéen et dans le sud-est asiatique. La privatisation des établissement en France, lancée en 1987 et désormais passée à une vitesse tellement supérieure qu’elle nécessite la création d’un poste gouvernemental dédié à l’immobilier pénitentiaire, conduit l’Etat à financer selon un forfait journalier global l’ensemble des places, qu’elles soient libres ou occupées.

[5] Pour tous ceux qui, empreints de la revendication amère  d’une vocation  généraliste négligée, condescendent simplement à intervenir en détention, ponctuellement, en attendant des jours meilleurs, et qui, portés par l’illusion de leurs bonnes intentions entretiennent l’immobilisme du système carcéral.

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PROBABILITE DE PRESENCE A UN ENDROIT DONNE

11 Novembre 2017 , Rédigé par Jean-Christophe Poisson

Notes sur une expérience de théâtre en prison

 

30 juin 1997. 8 h 30. J’entre avec Gérard à la Maison d’Arrêt de Fresnes. Pour moi c’est la première fois. Alors je m’attends à tout. Tout ce que trente cinq ans d’éducation, de récits, de lectures, d’images et de films m’ont préparé à toujours éviter. L’épouvantail de l’incarcération. La privation de liberté, la saleté, l’inconfort, la violence, l’obscurité, l’obssession des bruits, l’arbitraire, l’oppression  du métal. Le temps perdu.

 

A peine gravies les marches en pierres fatiguées qui ouvrent sur les bâtiments de détention le mythe effrayant s’évanouit. Gérard m’avait longuement préparé au pire. Il me regarde. Il s’attend à me sentir écrasé. Je suis gêné: Ma première impression est un choc esthétique.

 

Devant moi s’envole un espace extraordinaire. Un immense couloir en parquet, deux cent cinquante mètres de long, une dizaine de large. Il s’élance sous la voûte d’une vaste galerie percée de tous côtés, ciel et murs, par le jour abondant. Particularité obsédante: Ce couloir monte, donnant l’impression d’une perspective tordue. Ce point de fuite de la construction, déplacé vers le haut par l’architecte, me fascine au point de rendre transparentes les grilles monumentales qui séparent les trois divisions de la Maison d’Arrêt. Je ne pourrai m’en détacher jusqu’à la fin de notre séjour.

 

Il est le point de départ de mon vertige. Distrait en une seconde du conditionnement de toute une vie, j’entre en prison avec une acuité décalée dont l’indécence m’inquiète.

 

Il me faudra plusieurs semaines pour trouver un sens à ce vertige. Douze jours en prison avec les détenus pendant lesquels s’opèrera la sédimentation d’une multitude de signes et de sensations. Plusieurs semaines pour parvenir à réunir quelques éléments de réponse et retrouver à travers eux une question qui me dépasse : “Pourquoi faire du théâtre?”.

 

A Fresnes, chaque indice, chaque code, chaque règle me renvoie à cette interrogation.

 

Le mouvement est ici toujours désagrégé. Il n’existe aucun mouvement continu des êtres depuis un point de départ jusqu’à un point d’arrivée. Le moindre déplacement est décomposé et radicalement ralenti de cellule en “placard”, de “placard” en “placard” où l’on séjourne parfois une heure avec d’autres détenus anonymes, avant de parvenir à destination. 800 cellules, des dizaines de sas. L’espace paraît segmenté à l’infini. Il est étudié pour cette décomposition. Jamais deux portes ne sont ouvertes simultanément. Contrôle électronique. Le déplacement est une succession d’apparitions et de disparitions quasi-spontannées, ponctuées de déplacements ordonnés et furtifs le long des murs.

 

Sans aucune possibilité de retour en arrière. Sans aucune hésitation. La salle vient de se vider. J’ai oublié de dire quelque chose à un détenu. Je monte immédiatement dans le couloir de la division. Un coup d’oeil à gauche, à droite, à travers les trois étages de filets, dans la clarté gazeuse des verrières, l’espace est vide. Définitivement, jusqu’à demain. Les êtres se résument ici à une probabilité de présence à un endroit donné.

 

Et d’absence, bien entendu.

Un surveillant apparaît en haut de l’escalier, un petit papier à la main. X est souffrant. Il nous écrit qu’il ne peut être présent aujourd’hui. Qu’il sera là demain.

 

La parole est ici raréfiée, réduite à une utilisation mécanique : injonctions, indications, ordres, pour le personnel pénitentiaire, murmures interdits et furtifs pour les détenus... Tout le sens passe par l’écrit. Je  me retrouve plongé à l’époque où le téléphone n’a pas encore été inventé. Je ressens le pouvoir de la correspondance. Celui que confère l’impossibilité d’une confrontation immédiate entre le narrateur et le lecteur. A l’éloignement incompressible dans l’espace et le temps, rempart érigé autour de l’intimité - en prison, de ce qu’il reste d’intimité - . Enceinte inviolable depuis laquelle on peut dire, arranger ou distordre toutes les réalités. Les vingt mètres traversés par le billet froissé que je relis sont plus infranchissables qu’un océan. Le lendemain X ne vient pas. Il fera une dernière apparition deux jours avant la fin de l’atelier, après nous avoir transmis plusieurs billets contradictoires. Nous n’auront eu jusqu’au bout aucun élément objectif pour connaître son état, pour savoir s’il pourrait tenir son rôle le jour de la présentation. L’écrit,  trace résiduelle de la relation forte qui s’était créée entre X et le groupe, était réduit à une forme diplomatique dépouillée, dissimulant un faisceau de problèmes personnels inconnaissables.

Brouillage et disparition du langage.

Rupture implacable du lien.

 

La seule. Avec un effet renforçant, bien que superflu, sur la cohésion du groupe des dix personnes participant à l’atelier.L’alchimie avait joué dès le début. Sans que l’on cherche à s’expliquer pourquoi. Dès les premières heures de notre confrontation, à l’écart des passés judiciaires, en dépit de la lourdeur des codes et de la violence des réflexes dans la société carcérale une vraie aventure humaine était lancée.

 

Gérard arrivait avec l’idée de faire un spectacle avec les détenus. Il le leur annonça deux heures après notre première prise de contact. Ce fut l’electrochoc, dans un concert de refus, de doutes, de déceptions. Marguerite Duras? Connais pas. Comment? Ce n’est pas nous qui écrivons le texte? Jouer?... La barre semblait placée trop haut, dans un registre de risques inconnus : se livrer sans filet à un mode de représentation incontrôlable et réputé inabordable - fantasmé par l’image confuse d’un théâtre chimère où des Belmondo en jupette diraient du Racine sur le plateau de Santa Barbara -, rompre un rapport douloureux à sa propre identité, à la honte.  Trop haut, trop loin des motivations ouvertes, “l’amélioration du langage pour se réinsérer”, l’initiation à la “déclamation”, “la découverte d’un milieu”, ... ou cachées comme le bénéfice d’image octroyé par l’administration aux  détenus participant assidument à une activité.

 

Cet enjeu inaccessible et la garantie absolue d’y parvenir donnée par Gérard à chacun dès le départ, engendrait pour nous des impératifs d’écoute, d’exigence et d’énergie monumentaux. La chance nous gratifia de quelques coups de pouce : la présence dans le groupe de ce détenu charismatique, passionné par le théâtre et fort de son expérience personnelle de la scène; l’efficcacité et la disponibilité de Laurence, notre contact au service socio-éducatif, pour les relations informelles entre le groupe et l’administration. Il y eut aussi la force du travail à deux qui, sous les contraintes de l’univers carcéral - espace et temps son comptés -, dépasse la somme des compétences individuelles, avec à tout instant l’obligation de faire une synthèse efficcace de nos contradictions, désirs, inspirations, joies et doutes, dans le souci permanent - le devoir lié au code des détenus - d’honorer la parole donnée et d’irriguer cette image diffuse de la vie que nous sentions apporter avec nous chaque matin.

 

L’expérience amènera, après 65 heures de travail acharné et heureux à la présentation par les stagiaires, devant un public de détenus et de personnels pénitentiaires,  d’un montage de textes de Marguerite Duras dans la Chapelle de la Maison d’Arrêt.

 

Elle engendrera des phénomènes insoupçonnés. De l’ordre de la résurrection. Je songe à l’arrêt de mort prononcé par certains après avoir découvert par hasard le motif d’incarcération d’un des participants, un des pires dans le code de justice des détenus. Deux  jours plus tard, à l’issue du spectacle, un des plus déterminés parmi ces justiciers vint spontanément féliciter le condamné pour sa prestation en scène. Je songe à toutes les solidarités qui se sont installées entre des personnes si terriblement étrangères les unes aux autres, torturées par des situations personnelles parfois insoutenables. A l’apre conquête d’un respect de l’autre qui évacue les hiérarchies du monde carcéral. Le racisme anti-homosexuel, notamment. A l’engagement permanent, à cette jubilation du travail ensemble. A la fraîcheur. A l’émotion. A  la maîtrise des mouvements et des tableaux donnés en scène et construits sur la confiance. A tous ces chemins parcourus, comme celui consistant à simplement retrouver le toucher et la présence physique des autres et à s’y abandonner. Loin des violences. Loin des rétorsions. Victoire sur la promiscuité électrique. Archétype du don de soi. A Y , l’ultra-violent devenu Pieta,  qui accueille dans ses bras le corps abandonné d’un autre, et puis finalement de tous les autres.  Aux yeux noyés de larmes de la jeune brute qui prend de plein fouet l’effet libérateur de la scène, et pour qui des mots lointains, lessivés par les répétitions,  prennent tout à coup, au bon endroit, au bon moment, face à un public inespéré, toute la puissance du sens. Archétype vertigineux de la parole rendue.  Archétypes de la présence, du mouvement et de l’immensité de l’espace restitués à ceux qui vivent dans le corsettement intégral de toutes ces dimensions.

 

Pas comme une récompense, et sans illusion : 9 détenus sur 2000 s’étaient portés volontaires pour le stage. Simplement comme des petits cailloux semés dans le labyrinthe des souffrances.

 

Pourquoi faire du théâtre? Peut être aussi parce qu’il existe la prison pour  assurer sa négation ...

 

 

 

                                                                      Jean Christophe POISSON - août 1997

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Corps, parole, sens

8 Juin 2017

CORPS, PAROLE, SENS

 

mode d'emploi pour une émancipation

 

Jean-Christophe Poisson

Consultant en communication et médiateur

Paris - Bordeaux - Marrakech

 

 

"La connaissance s'acquiert par l'expérience, le reste n'est qu'information"

 

Albert Einstein

 

Plan : Genèse d'une problématique / I) une journée à la table : la parole contrainte / 1) Le positionnement personnel en réponse aux trois contraintes cardinales / 2) La connaissance en réponse aux deux contraintes culturelles / 3) L'émancipation en réponse aux deux contraintes tectoniques / II) Deux outils pour trois jours de pratique intensive.

 

Résumé A l'écart des approches psychologiques, la méthode de coaching que je développe depuis 20 ans a permis à près de 4000 personnes d'aborder et de vivre les situations d'échange en pleine possession de leurs moyens, avec envie et plaisir. Elle donne les moyens théoriques et pratiques de comprendre et de maîtriser les forces exogènes qui affectent l'orateur.

 

 

Genèse d'une problématique.

 

En France la formation aux techniques de communication orale propose une offre de stages abondante, déclinée selon une multitude d’intitulés et de variantes. Dans le même temps, comme partout, l’information est devenue complète et immédiate, accessible à tous, tant sous l’angle de la consommation (internet et audio-visuel) que de la production (blogsphère, forums, messageries, réseaux sociaux). On pourrait être tenté de trouver une corrélation positive entre ces deux mouvements. Elle semblerait exprimer la prise de conscience collective d’un progrès et l’essor d’une volonté à le partager au quotidien. 

 

Cette idée ne résiste pas au constat que je peux formuler depuis que j'ai commencé à accompagner les acteurs des secteurs privés et publics dans les domaines de la prise de parole en public, la conduite de réunion, le team building, la préparation technique aux épreuves orales des concours, les spectacles créés en détention avec des prisonniers, les techniques de communication, la gestion des conflits la pacification de classes difficiles dans les lycées, la mobilisation de personnes en réinsertion, la gestion du stress, l’argumentation et la conviction, la médiation auprès du personnel des entreprises en crise sociale…

 

En effet, dès les premières minutes, quelle que soit la spécificité des cahiers des charges qui nous réunissent, la majorité des participants font état d’une préoccupation fondamentale :

 

Comment vaincre la sensation d’illégitimité, le réflexe d’autocensure, les malaises corporel et moral conçus dans les situations d'échange?

 

Emanant de personnes adultes insérées, de tous horizons sociologiques et générationnels, toutes habitées de compétences et d’expériences, occupées à des métiers variés, cette préoccupation s’est progressivement située au centre de gravité de ma proposition pédagogique. L'intuition du metteur en scène de théâtre, la pratique du public de la formation continue avaient confirmé très tôt que les exercices destinés à la construction du comédien permettaient aux personnes sans expérience de la scène d’apprivoiser rapidement la communication dans les contextes professionnels. Toutefois, devant la densité de certaines souffrances individuelles il apparaissait que s’en tenir au niveau de la pratique technique était insuffisant.

 

Une problématique délicate était posée :

 

Si la formation des professionnels n’offre ni le lieu, ni le temps, ni le consentement collectif initial pour investir le terrain de l’intime, d'autre part si la déontologie ordonne de faire état d’une authentique compétence en psychothérapie pour aborder sans risque les rives de la détresse, comment continuer d’enseigner honnêtement l'oralité sans abandonner personne sur le bord du chemin? Sans que les risques pris à exercer leur parole en public n'abiment encore plus certaines identités?[1]

 

L'autre est un enjeu essentiel et toujours renouvelé: C'est à la lumière de cette certitude que ma réponse s'est dessinée, en précipitant une synthèse entre passion pour le langage, pour le théâtre, culture audio-visuelle et analyse des pratiques de développement personnel orientées management. Cette réponse s'est constituée en méthode en quelques années.

 

Mes séminaires accueillent 14 personnes sur une durée de 4 jours dans une salle vide. La première journée est consacrée à planter le cadre conceptuel qui servira de référence par la suite, dans la progression du training intensif déployé à partir du deuxième jour jusqu'à la fin.

 

 

 

1) Première journée à la table - la parole contrainte

 

Au cours des années la diversité des rencontres m'a conduit à systématiser l'essentiel des constantes qui peuvent altérer l'exercice de la parole. J'établis qu'elles sont extérieures à la personne et indépendantes d'une hypothétique prédisposition naturelle de chacun à parler ou à se taire en public. J'en soumets la progression au débat. D'abord les règles liées à l'expression sur une scène de théâtre (contraintes cardinales), ensuite les facteurs historiques et linguistiques (contraintes culturelles), enfin l'influence de l'industrie audiovisuelle et des systèmes éducatifs (contraintes tectoniques). Chaque étape de la présentation livre la ressource qui permet de s'en affranchir.

 

I) Le positionnement personnel en réponse aux trois contraintes cardinales

 

N'importe quel acte de parole doit intégrer les paramètres classiques qui encadrent l’existence du comédien en scène, à savoir la maîtrise technique de trois territoires, le temps imparti, l'espace physique et le propos, qui se superposent et s'entrelacent dans ce que j'appelle le terrain de l'échange, dont la maîtrise est purement technique. Il s'agit à chaque instant de les créer, de les entretenir et de les partager. Cela nécessite d'être dans l'état de parole, que chacun s'appropriera par la pratique.

Le travail en scène ne convoquera pas obligatoirement les situations professionnelles. Les improvisations seront libres et développeront les fictions les plus inattendues.  Ce parti pris présente deux avantages. D'une part de placer le travail sous le signe du principe de plaisir et du jeu, ressorts essentiels de l'échange. D'autre part de créer les conditions de l'authenticité. Il sera impossible de se protéger derrière les postures et les rituels qui structurent les relations de travail : l'espace de représentation est nu, on ne peut y tricher, et chacun y est l'égal de l'autre. La priorité accordée à cette dimension formelle permet de travailler sur ce que je considère comme le sujet prioritaire de tout communiquant : le positionnement personnel. C'est à dire la voie unique et singulière, tracée par chaque être à travers sa culture personnelle, son histoire et ses compétences pour savoir toujours répondre simplement, sans faillir, et avec plaisir à la question : De quel droit suis-je venu parler devant ou avec ces personnes? La question est élémentaire, la réponse l'est tout autant: C'est mon identité profonde (en tant que personne) qui me soutient en premier dans l'échange.  

 

Ce postulat date du premier spectacle [2] que je créai avec des prisonniers à la fin des années 90.  En détention l'équation qui préside à la libération de la parole publique est incomparable avec celle que les personnes libres ont à résoudre au quotidien[3]. Si, comme partout en démocratie, la scène de théâtre est le seul espace-temps où le verbe peut s'épanouir en toute immunité, elle est ici garante du droit universel à la liberté d'expression. Elle ne se gaspille pas dans le consensus du divertissement attendu. Aussi qui s'en saisit pleinement doit affronter la violence des forces qui s'attachent à la réduire. L'administration pénitentiaire, dont la mission est la surveillance et le contrôle, tolère difficilement le huis clos impénétrable des répétitions. Temps, espace, matériel, les moyens sont raréfiés, voire inexistants, jamais acquis. La justice des prisonniers envers leurs pairs, fondée sur une hiérarchie morale des délits, est impitoyable. Elle interdit l'espace et la parole à ses condamnés. Dans ces conditions drastiques porter un propos libre et professionnel devant un auditoire mixte, composé de spectateurs extérieurs et de prisonniers, ne peut aboutir qu'à la condition expresse de dépouiller l'acteur de l'image de sa faute et de retrouver le coeur incompressible de son humanité. Cette expérience de sept ans intra muros, passée à célébrer l'essence profonde du théâtre[4], a fondé définitivement mon approche pédagogique. Elle proscrit le jugement et s'attache à la mise en valeur scrupuleuse de chacun, perçu et montré comme unique, singulier et respectable, porteur potentiel de tous les sens et de toutes les révélations. Qu'il soit placé devant ou bien au milieu des autres.

 

On déduira sans peine qu'elle tient à distance sanitaire les écoles psychologiques du stéréotypage (Programmation Neuro Linguistique[5], Analyse Transactionnelle[6], MBTI[7], Ennéagramme[8], etc.) qui, par un effet de simplification de l'individu à une palette d'états[9] et/ou de personnalités finis, dits universels, et par le quadrillage des relations possibles entre ces états, portent en germe latent le formatage de l'autre et la tentation de sa manipulation. Leur impact sur l'identité est d'autant plus fort que ces corpus, largement convoqués par les théoriciens du management, revendiquent implicitement  le rang de science humaine. Prenons par exemple le MBTI. Le Meyer Briggs Test Indicator est un test qui permet de classer l'humanité en 16 personnalités types à partir de 4 critères (origine de l'énergie, recueil de l'information, prise de décision, mode d'action). Il s'inspire des types psychologiques établis par Jung. Il est saisissant d'observer l'engouement pour ce modèle à travers le monde. Forums internet, clubs, associations, ouvrages, pour des millions de personnes le MBTI propose le confort d'un refuge identitaire fondé sur l'appartenance stricte à une communauté de comportement choisie parmi les16 possibles. La grégarité est ici exemptée de toute culture. La curiosité m'a conduit à faire le test. Ma communauté est illustre. J'y ai retrouvé Platon, Hitler, Dante, Mohamed Atta, Gandhi, Trotsky, Simone de Beauvoir, Ben Laden, Agatha Christie, Spinoza, Chomsky, Niels Bohr, Thomas Jefferson, et bien d'autres. INFJ pour la vie, soit, mais  je ne suis pas vraiment rassuré par certaines de mes fraternités... En France le test intervient fréquemment en amont du recrutement et de la formation professionnelle.

 

II) La connaissance en réponse aux deux contraintes culturelles.

 

• La première de ces contraintes est très ancienne. Elle a traversé la culture occidentale depuis le Vème siècle avant JC. Sophocle, Eschyle ou Euripide? On ne sait pas précisément qui le premier a changé le protocole religieux de la tragédie grecque en inventant l'acteur, l'homme de parole[10]. Toujours est-il qu'en détachant une personne du choeur, puis plusieurs, pour venir jouer l'exil de Dyonysos devant le public, il a transmis jusqu'à nos jours la sensation inconsciente que le fait de s'extraire du groupe pour donner sa vision du monde, seul devant les autres, participait d'une profanation. Auparavant le culte de Dionysos se clôturait par le sacrifice et la mise en pièce d'un chevreau dont un morceau était ingéré par chacun des choristes, réunifiant ainsi le dieu dans la collectivité. Prendre la parole, investir le terrain de l'échange, se distinguer au sein d'un auditoire sont toujours constitutifs d'une transgression primordiale.

 

• La seconde contrainte a été théorisée par Rolland Barthes qui, dans sa leçon inaugurale au Collège de France [11], établit la relation intime qu'entretiennent le langage et le pouvoir.. Comment se positionner vis à vis du technolecte, le jargon des spécialistes, qu'ils soient managers, médecins, juristes, ingénieurs, politiques...? Serai-je délibérément exclu de leurs codes, de leur vocabulaire, de leurs références, de leurs métaphores...? Oserai-je demander des éclaircissements, au risque de passer pour un attardé?  Et si en essayant de m'informer publiquement je mettais en difficulté celui qui est censé savoir? [12] Mon langage est-il adapté à mes interlocuteurs? Aurai-je les moyens de me faire comprendre exactement? D'argumenter sur leur terrain linguistique?

 

"Le fascisme ce n'est pas d'empêcher de dire, mais d'obliger à dire." Rolland Barthes[13]

 

Nous avons été façonnés depuis l'enfance  par ces deux influences, sans vraiment le savoir. Pouvoir les identifier et se les réapproprier permet de se rassurer, de les mettre à distance puis de s'en affranchir.

 

 

 

 


 

 

III) L'émancipation en réponse aux deux contraintes tectoniques.

 

La métaphore évoque l'étude des mouvements qui déforment la croûte terrestre. Il s'agit ici de détailler deux dynamiques souterraines qui peuvent conditionner profondément l'orateur.

 

• La première est l'influence de l'industrie audio-visuelle, qui s'exprime en France à raison d'une moyenne de 3 heures et demi de consommation quotidienne. Elle agit selon deux procédés, le montage et l'épuration des modèles plastiques.

 

Les talk-shows sont l'exemple que je choisis pour décrypter le pouvoir du montage. Un ou plusieurs journalistes reçoivent des invités pour les mettre sur le grill. Le public est disposé autour du plateau. On sait comment sont produites les images qui parviennent sur l'écran du téléspectateur. L'action est découpée en séquences étanches par un certain nombre de caméras qui se chargent de couvrir juste un secteur de la scène. Les images captées depuis tous ces points convergent en régie où officie le réalisateur. Son travail consiste à sélectionner dans la matière filmée tout ce qu'il y a de plus percutant, tout ce qui est chargé de surprise, de savoir, d'humour, d'émotion (joie, larmes, révolte, colère, etc.), et de l'organiser en plans ne dépassant pas quelques secondes. C'est cette production qui est reçue par le téléspectateur: La synthèse haletante de la vitalité, de l'excellence, de l'éloquence, la prolifération de la connaissance. Depuis l'Olympe[14] de la communication et du sens jusqu'au fond silencieux du canapé. Le rapport scène / salle est écrasant. Il devient discriminatoire lorsque l'écran se partage en deux espaces (technique du split screen). D'un côté la production en avalanche de tous les protagonistes (montage cut), scandée par les champs / contre-champs, de l'autre des travelings zoomés sur le public qui s'extasie ou réagit à l'unisson. Le conditionnement est alors le suivant : soit je parle et alors je dois être extraordinaire, imprévisible, productif et nouveau à chaque instant, sois je me tais, je regarde et je réagis comme font les autres. En d'autres termes la modèle imposé propose une seule alternative à celui qui sera amené à parler en public: sois il sera acteur stupéfiant de la situation, sois il en demeurera spectateur sidéré. Qui se laisse influencer par cette dichotomie succombe à un grave contresens : l'acteur stupéfiant est le produit virtuel d'une technologie. Il n'existe pas. Il est insensé de s'évaluer par rapport à lui.

 

J'entends par modèles plastiques les canons esthétiques qui caractérisent le public des émissions grand public, c'est à dire l'antichambre de la célébrité. En France on ne trouve à l'arrière plan des plateaux aucune trace fidèle de la diversité qui compose la population. On y est très largement blanc, jeune et sexy. Une politique éditoriale délibérée est à l'oeuvre derrière ce darwinisme ethnique. Je la documente dans mes séminaires à partir de plusieurs exemples et témoignages. D'autre part il apparaît que les personnes qui occupent l'espace médiatique ont souvent les yeux bleus, dans une proportion largement supérieure à celle de la population. Politiques, acteurs, journalistes, célébrités, etc. il est intéressant d'observer combien ce trait physique semble constitutif en France d'une appartenance à l'élite. Si toutes les interprétations de ce phénomène sont possibles je souligne simplement l'effet renforçant de cette prévalence à partir de plusieurs exemples. A cet égard la série télévisée américaine NCIS est spectaculaire. Sur les 7 acteurs qui constituent le castingprincipal, 6 ont les yeux bleus (soit 86%) alors que la statistique moyenne des populations occidentales est de 25%. Un spectateur trop passif peut se laisser imprégner ces normes corporelles et ressentir un inconfort lors d'une prise de parole. J'en veux pour preuve que de plus en plus de personnes portent des lentilles de couleur, et de moins en moins acceptent leur singularité corporelle et préfèrent la transformer.

 

On s'émancipera de ce conditionnement en expérimentant un des préceptes élémentaires de mon enseignement : la personne privée s'efface des regards dès qu'elle porte son propos avec une authentique conviction.

 

• La deuxième dynamique est celle qui détermine notre rapport à l'oralité depuis l'école jusqu'à l'université. En France, tout au long du parcours éducatif proposé par l'Etat, les savoirs s'acquièrent et sont sanctionnés essentiellement par l'écrit, dans une alternance de mouvements d'accumulation et de restitution passive qui caractérise aussi les épreuves orales. Si le climat dans le cursus initial est globalement bienveillant, les choses changent dès l'entrée à l'université. En dehors de quelques sanctuaires éthiques, dès la première année les étudiants sont entretenus à la fois dans un sentiment de médiocrité et la conscience de leur illégitimité[15]. Tout au long du cursus la connaissance sera présentée comme inaccessible et totalement incontestable. La simple posture de l'autorité est ici une composante essentielle de l'identité des professeurs[16]. Elle prend toutes les formes, indifférence, condescendance, mépris, jusqu'à l'humiliation publique. Ce n'est pas surprenant. Depuis la maternelle les enseignants n'ont jamais quitté le cadre scolaire. Ils se sont hissés sur les estrades au prix de longues années d'ascèse et de renoncement à leur propre liberté de penser. Nommés à vie, jamais évalués[17], ils perpétuent en toute liberté le rituel brutal[18] du pouvoir autocratique dans lequel ils ont été façonnés. De toute évidence la valorisation des étudiants et l'irrigation de leurs savoirs dans le débat contradictoire constituent une menace . Ces composantes essentielles de la pédagogie interviennent donc peu, de façon très tardive, et à la condition implicite d'une allégeance au maître.

Je prendrai pour exemple l'expérience pionnière de coaching que je mène depuis trois ans auprès des centaines d'étudiants qui participent à la Clinique Juridique de l'Université de Bordeaux. Constitués en petites équipes ils vont recevoir une personne de la société civile préoccupée par un problème de droit personnel, et ce dans toutes les spécialités envisageables (droit de la famille, du travail, des étrangers, etc.). Ces personnes, souvent démunies, n'ont pas imaginé saisir un avocat. L'entretien dure 40 minutes, au cours desquelles le maximum d'informations doit être recueilli afin de pouvoir travailler sur le sujet. Une semaine s'écoule. Le dossier est traité sous l'autorité d'un enseignant chercheur. Intervient alors un deuxième rendez-vous pour la présentation des options juridiques envisageables.

Lors de l'entraînement je propose des simulations d'entretien. En trois ans d'expérimentation un certain nombre de constantes se sont dessinées.

Les étudiants ont du mal à assumer qu'ils sont porteurs d'une expertise et par conséquent d'une autorité. Elle est pourtant labellisée dans la mesure où ils interviennent au nom de l'Université.

N'ayant qu'une pratique limitée de l'interaction avec un interlocuteur de chair et d'os ils vont déplacer le déroulement de l'entretien vers leur zone de confort, l'étude d'un cas théorique, comme tous ceux qu'ils ont traités dans la neutralité des salles de classe. Ils perdent ainsi rapidement le contact avec l'être en détresse qui est venu les rencontrer.

Une spirale s'enclenche alors. La contagion émotionnelle (compassion, agressivité, déstabilisation ...) conçue au contact du bénéficiaire entrave la recherche des éléments d'information indispensables au futur travail sur la problématique. La solidarité et l'écoute collective s'affaissent. La bonne éducation reprend le dessus, qui leur interdit d'aller creuser trop loin dans l'intimité des circonstances, et ce afin d'explorer au mieux le contexte[19]. Le langage juridique monte comme un brouillard sur la table, avec ses sigles, ses références et ses mots, renvoyant le citoyen profane à son exclusion. L'entretien se termine et le dossier est incomplet, sans possibilité de mise à jour : On ne peut rappeler le bénéficiaire au téléphone pour lui demander un complément d'information ou un document sans entamer la crédibilité du dispositif. Au final la feuille de route livrée lors du deuxième rendez-vous ne peut que s'en tenir aux généralités.

Si le travail de coaching intensif et les premiers rendez-vous réels permettent de corriger ces inerties, il n'en demeure pas moins que le système éducatif Français construit dans son ensemble des professionnels en déficit de confort, d'envie et de curiosité dans les situations d'échange. Et même si la gratuité et l'accès pour tous à l'Université introduisent ici un biais dans le raisonnement, elle devrait réfléchir aux moyens de s'inspirer de la pédagogie Américaine où l'essor de la personnalité, l'oralité en public et la culture du débat sont indissociables des enseignements écrits.

Cette contrainte souterraine affecte souvent les personnes que j'accompagne. Quelle que soit leur métier, et toutes générations confondues elles abordent leurs prises de parole chargées d'une culpabilité rendue quasi-génétique par le système éducatif. Les deux craintes qu'elles parviennent à exprimer sont toujours les mêmes : J'ai peur d'être jugé et J'ai peur de ne pas être à la hauteur.

Valoriser l'identité et les compétences pour émanciper la personne : Le coaching relève ici de la rééducation.

 

2) Deux outils pour trois jours de pratique intensive

 

"La théorie c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne, l'expérience c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi." Albert Einstein.

 

Contraintes, ressources, le décor est planté. Reste à introduire le travail technique qui va s'engager. La présentation de deux outils est nécessaire.

En premier le tableau des quatre contresens qui entravent l'entrée en parole: L'injonction d'expertise, la saturation des territoires, la cerise de Sisyphe, le paradoxe de Saint-Sébastien. Quatre a priori qui traduisent dans l'intime l'ensemble des contraintes évoquées à la table.

Ensuite le tableau de résolution du conflit d'images. Ce conflit universel oppose l'image de soi à l'image de ceux qui nous écoutent. Il conditionne toujours la prise de parole. L'outil présente tout d'abord les règles qui permettent d'identifier et de contrer les a priori que chacun conçoit dans les deux domaines. Il décrit ensuite les techniques qui seront expérimentées par le biais des exercices pour apprendre à résoudre le conflit.

J'ai coutume de dire que la communication ne s'enseigne pas, mais qu'elle s'éprouve.

L'état de parole est le résultat de l'équilibrage de qualités qui ont tendance à s'exclure dans les situations d'échange. En effet il suppose d'être dans le même temps totalement investi dans la conviction et parfaitement à l'écoute des autres. Ce n'est possible qu'à la condition de pouvoir atteindre un niveau spécial d'énergie et de disponibilité physique qui va permettre de tout voir, tout anticiper, tout entendre sans pour autant se distraire de la part de sens que l'on porte. Son affluent primitif est le sol et la conscience intime d'une légitimité universelle à s'y tenir debout.  Il s'irriguera dans l'appropriation de l'espace, premier des trois territoires que je propose pour définir le terrain de l'échange, puis dans le contrôle du temps, et ce afin de célébrer la signification. Le trajet vers l'équilibre dure trois jours. Il emprunte le chemin progressif  d'une vingtaine d'exercices individuels et collectifs. Certains sont classiques et relèvent de la formation du comédien. Ils sont complétés par tous ceux que j'ai élaborés pour établir un pont avec les pratiques professionnelles. L'accent est mit rapidement sur l'improvisation à travers des protocoles qui propose d'explorer l'ensemble des dispositifs de communication (conférence de presse, témoignage collectif, situation de création en contexte d'urgence, négociation, conflit, épreuves orales, etc.).

Cette structure permet de revivre et de concrétiser l'ensemble des repères et raisonnements partagés à la table, et ce afin de s'approprier les étapes de l'émancipation de la parole.

Elle conduit chacun à apprivoiser et maîtriser des situations d'échange de plus en plus complexes, en pleine possession de ses moyens intellectuels tout en y concevant du plaisir.

Il serait trop long de la décrire en détail dans ces lignes. Retenons simplement qu'elle permet de déployer durablement confiance en soi et en autrui, créativité, mobilisation des ressources culturelles et des compétences, conversion du stress en action, maléabilité, argumentation, écoute, maîtrise des conflits, humilité, envie et plaisir, confort dans l'espace et le temps partagé, et toutes les qualités de celui qui s'attache au progrès du sens et de l'action construits à plusieurs.

En un mot elle ouvre les yeux de chacun sur la voie qui mène à son propre charisme. Reste à choisir de s'y engager.

 

 

Jean-Christophe Poisson

Juin 2017

 

 

 

[1] « Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans celle de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen". Emmanuel Kant.

A contre-pied de l'humanisme, on sait le pouvoir et les profits que les approches sectaires retirent en entretenant le mécanisme souffrance / rédemption / culpabilité / dépendance.

http://www.derives-sectes.gouv.fr/quest-ce-quune-d%C3%A9rive-sectaire/o%C3%B9-la-d%C3%A9celer/les-d%C3%A9rives-sectaires-dans-le-domaine-de-la-sant%C3%A9/quell

[2]http://horschamp.org/probabilite-de-presence-en-un-endroit-donne-notes-sur-une-experience-de-theatre-en-prison-20/

[3] Manifeste pour une éthique de l'art en prison - Jean-Christophe Poisson - Revue Cassandre 2003 - http://horschamp.org/manifeste-pour-une-ethique-de-lart-en-prison/

[4] L'espace vide - Ecrits sur le théâtre - Peter Brook - Seuil - 1977

[5] Les secrets de la communication: les techniques de la PNL - Richard Bandler , John Grinder - L'homme EDS DE - 2005

[6] Analyse transactionnelle et psychothérapie - Eric Berne, Sylvie Laroche - Petite bibliothèque Payot - 2016

[7] Gifts differing : Understanding personality type - Isabel Briggs Meyer, Peter B. Meyer - 1995

[8] L'énneagramme : les 9 types de personnalité - René Lassus - Poche Marabout - 2013

[9] Les responsables porteurs de sens - Vincent Lenhardt - Eyrolles - 2015

[10] L’Apparence et l’Apparition - Alain Didier Weil -, Revue Alternatives Théâtrales no 19 - juillet 1984

[11] Leçon - 1977 - éditions Folio

[12] "Plus on monte dans l'abstraction, plus on progresse dans l'incompétence" - Matthiew B. Crawford - L'éloge du carburateur - 2009 - Editions la découverte

[13] ibid.

[14] La télévision a été contrôlée par les états dès son invention. Information, connaissance, divertissement, modèles sociologiques, comportements, les contenus et formes qui pénètrent directement dans l'intimité des foyers sont réputés officiels. Ils participent du point d'incomplétude, référent extérieur qui soude le collectif.

R. Debray, Critique de la raison politique ou l'inconscient religieux, Gallimard, 1981.

[15] Au nom du principe de service public il n'y a pas de réelle sélection à l'entrée de l'Université et les frais d'inscription sont modestes. Les effectifs en première année sont ainsi considérables. Ils comportent une part non négligeable de personnes inscrites par curiosité ou bien par défaut et qui ne franchiront pas les premiers examens. Par un effet d'amalgame cet effet de masse critique obère d'entrée la qualité du contact entre étudiants et professeurs.

[16] Dans mon séminaire j'aborde le sujet du "non instinctif" et de la posture d'opposition systématique que certains professionnels déploient au quotidien dans les relations avec leurs collaborateurs. C'est l'occasion de développer le concept de "degré 0 de l'identité" ou "identité reptilienne" dont le substrat est juste le territoire. L'opposant chronique ne prend jamais en considération le fond du sujet. La dialectique à l'oeuvre est élémentaire : quoi que tu dises ici je le conteste, je te détruis, et ainsi je suis le seul à exister. Gardien arbitraire des écritures, je suis seul juge et tu es coupable.

[17] Ni par l'institution, ni pas leurs pairs, ni par les étudiants, contrairement aux pratiques en vigueur outre-atlantique.

[18] Dans un souci de sur-légitimation, ceux qui manquent la marche qui les auraient conduits à la chaire surenchérissent dans la raideur vis à vis des étudiants.

[19] Lors d'un entraînement une étudiante d'origine africaine joue le rôle d'une personne sans papier exploitée par un employeur. Elle suggère que le problème ne relève pas uniquement du droit du travail en évoquant un harcèlement sur sa personne dans les vestiaires. Un des juristes lui demande si elle veut bien préciser. Elle répond "Dans ma culture on ne parle pas de ces choses là". L'étudiante est confuse "Pardonnez-moi, madame, d'avoir posé la question". Le réflexe de courtoisie va amputer le dossier d'un pan entier de moyens juridique.

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Positionnement personnel et professionnel

27 Janvier 2017

Stage de 3 jours conçu et dirigé par Jean-Christophe Poisson, consultant

Programme détaillé

 

1) Comprendre les enjeux et contraintes qui sous tendent la relation interpersonnelle.

- définir le terrain de l'échange

- analyser le stress de l'échange

- approche de la gestion des conflits

- découvrir les contraintes structurelles externes qui freinent prise de parole et argumentation

- les cinq contresens affectant l'oralité

- le conflit d'images

- décrypter les formatages

- définition technique de l'état de parole.

2) pratiquer afin d'ancrer la compréhension, parvenir à l'essor personnel et consolider le lien au sein des équipes.

- l'écoute active

- le centrage personnel

- la créativité, le décloisonnement, l'imaginaire.

- la confiance en soi

- respecter son rythme personnel et comprendre celui des autres

- valoriser sa culture et ses expériences personnelles

- apprivoiser le risque de l'interaction

- maîtriser techniquement son stress

- explorer le rôle de la solidarité dans l'expression du sens collectif

- maîtriser l'improvisation

Méthode

La première demi-journée est consacrée aux apports théoriques. Elle se déploie et se renforce dans un contexte d'échange d'expériences et de débat.

Le temps restant est dévolu à la mise en pratique, à travers une progression d'exercices techniques conduisant à la maîtrise de mises en situations simulées de plus en plus complexes. Le principe de plaisir et la bienveillance sont sous-jacents  à toutes les expérimentations. Chacune des étapes franchie est mise en résonance avec les contributions de la première demi- journée et les situations professionnelles rencontrées sur place où dans des contextes extérieurs.

Chacun des participants est  à tour à tour acteur et spectateur de cette pratique. Il fait l'objet d'un accompagnement personnalisé.

Logistique

L'effectif optimal est de 14 participants. Le stage se déroule au calme, dans une salle spacieuse dont on doit pouvoir modifier la disposition afin de varier les dispositifs de prise de parole et d'interaction. Il doit notamment être possible d'enlever les tables. Un support de présentation manuel (tableau ou paper-board) est nécessaire.

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Le CNFPT peut-il remplacer tous ses intervenants extérieurs par des agents du service public?

26 Janvier 2017 , Rédigé par Jean-Christophe Poisson

Depuis 2007, RGPP puis MAP exercent de profondes restructurations dans le service public. Il s'agit d'opérer une rationalisation des organisations dans un climat de resserrement budgétaire drastique. Formateur extérieur en communication (prise de parole en public, conduite de réunion, gestion des conflits, gestion du stress, négocier/argumenter/convaincre, etc.) depuis 2004 au CNFPT, j'ai observé la montée en charge du triple mouvement qui, après avoir rétréci mon espace technique de travail, a définitivement tari le flux de mes interventions.

1 - La place croissante accordée aux méthodes d'enseignement numérique fige les espaces d'enseignement et contribue à désincarner et affaiblir le lien pédagogique. Il n'est que de recevoir le témoignage spontané de centaines de stagiaires pour mesurer le sentiment d'exaspération, voire de révolte, à se voir assujettis des journées entières, immobiles, au corsetage physique et intellectuel imposé par le formatage de powerpoint (*). Pour ce qui nous concerne, la possibilité de moduler l'espace de travail spécifique à une pratique professionnelle de la communication, notamment afin de varier les dispositifs de prise de parole, s'est vue restreinte par l'encombrement des salles (câblage, ordinateurs, tables et bureaux fixés au sol). Or la communication orale et la relation à l'autre ne s'enseigneront jamais, surtout pas avec des diapositives et un stylo laser ; elle s'expérimentent, s'éprouvent et se traversent sous les formes les plus variées.

2 - Dans toutes les antennes où j'ai travaillé, j'ai constaté que la pression de productivité dans les collectivités, dans le contexte tendanciel de diminution des effectifs,  dissuadait les agents de faire valoir leurs droits à la formation. En professionnels avertis, ils savent que deux ou trois jours d'absence entraînent un temps lourd de remise à niveau de l'action à leur retour. J'ai aussi découvert la pression exercée sur les responsables qui, en fin de journée, retournaient au bureau pour assurer en urgence la continuité de l'ouvrage. Les effectifs fondent sous la pression éthique. Mécaniquement.

3 - En tant que prestataire individuel extérieur à la fonction publique, mes interventions, dites de "haute expertise", même rémunérées à un tarif horaire largement inférieur aux normes du privé (cf  les pratiques des grands cabinets sollicités pour la réforme de l'état...) , coûtaient plus cher que celles fournies par des agents de la fonction publique.

C'est ce dernier point qui suscite mon interrogation.

Si dans les nombreux domaines du savoir vertical comme les marchés publics, le droit, les RPS, les procédures, les pratiques, etc. cette substitution des compétences entre le public et le privé parait cohérente, qu'en est-il d'un domaine comme le mien? Existe-t-il un gisement inépuisable de coachs professionnels en communication dans la Fonction Publique Territoriale?

Je ne cache pas qu'un dernier argument, qui me fut servi avec élégance en région parisienne m'avait heureusement préparé à passer à autre chose. Après 10 ans de bons et loyaux services, 10 ans passés à m'imprégner des cultures, des enjeux, des problématiques de la  territoriale pour ajuster ma pratique et la rendre la plus efficace, 10 ans de chemin exaltant - personne ne lit les évaluations de stage, pure forme bureaucratique - auprès de presque un millier de stagiaires, il me fut dit:

"Tu as cinquante ans, tes stages fonctionnent bien.  Mais 50 ans c'est un peu vieux. Il ne faut pas s'installer. Ce qui fait la qualité de la formation dans la maison c'est de renouveler les générations".

Je ne résiste pas à rappeler qu' Albert Einstein s'était déjà penché sur la question :

"La théorie c'est quand on sait tout mais que rien ne fonctionne, la pratique c'est quand tout fonctionne mais que personne ne sait pourquoi".

 

 

(*) Pour illustrer le dévoiement de powerpoint en cette réduction du langage qui projette au loin un savoir simplifié, étanche, rendu incontestable et lumineux par l'adoption d'un rapport scène-salle cinématographique, il suffit de se souvenir de Steve Jobs :

« Les gens qui savent de quoi ils parlent n’ont pas besoin de Powerpoint »

 

#CNFPT #RGPP #MAP
 

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